Pourquoi les relations apaisées semblent parfois ennuyeuses alors qu’elles sont le signe d’une véritable santé psychologique
Qu’est-ce qui distingue une relation saine d’une relation malsaine ?
Une relation saine est généralement prévisible, fiable et sécurisante. Elle repose sur le respect mutuel, la capacité à communiquer, à prendre soin l’un de l’autre et à construire progressivement une véritable intimité émotionnelle.
Pourtant, les relations équilibrées ne se construisent pas par hasard. Elles demandent du temps, de la maturité psychologique, un engagement réciproque et la capacité d’être proche sans avoir constamment besoin de drame ou d’intensité émotionnelle.
À l’inverse, les relations dysfonctionnelles sont souvent marquées par l’incertitude, les conflits répétitifs, les jeux psychologiques, les manipulations et une forte dépendance émotionnelle. Elles peuvent faire souffrir profondément et fragiliser l’estime de soi.
Une question se pose alors : si la plupart des personnes rêvent d’amour, pourquoi tant d’entre elles se retrouvent-elles dans des relations qui les font souffrir ?
Car au fond, nous aspirons tous à être aimés. À vivre une relation sincère, profonde, stable, passionnée et réciproque. Une relation dans laquelle nous pouvons être pleinement nous-mêmes.
Alors pourquoi choisissons-nous parfois la souffrance plutôt que la proximité ?
L’amour commence bien avant la première histoire d’amour
Nous arrivons à l’âge adulte avec une représentation déjà construite de ce qu’est l’amour.
L’enfant appelle « amour » ce qu’il observe entre ses parents et ce qu’il reçoit lui-même. Cette expérience devient le premier modèle relationnel à travers lequel il interprétera plus tard les relations affectives.
Lorsque l’amour a été associé à l’insécurité, au rejet, aux critiques ou à l’imprévisibilité, ces dynamiques peuvent paradoxalement sembler familières et rassurantes.
Les recherches sur la théorie de l’attachement montrent que les expériences précoces influencent profondément notre manière d’aimer, de gérer les conflits et de vivre l’intimité émotionnelle. Les personnes ayant un attachement anxieux sont plus susceptibles de vivre des relations marquées par la peur de l’abandon, la dépendance affective et les fluctuations émotionnelles.
Autrement dit, nous recherchons souvent ce qui nous est familier avant de rechercher ce qui nous rend heureux.
Quand le drame est confondu avec l’amour
Notre culture entretient également cette confusion.
Depuis des décennies, les romans, les films, les chansons et les séries nous racontent que le véritable amour doit être intense, passionné et parfois douloureux.
La jalousie est interprétée comme une preuve d’amour.
La souffrance devient un signe de profondeur.
Les ruptures et les réconciliations sont présentées comme la marque d’un lien exceptionnel.
Dans ce contexte, une relation stable et sereine peut sembler fade alors qu’un chaos émotionnel est souvent perçu comme la preuve d’un amour authentique.
Pourtant, l’amour et la dépendance affective sont deux réalités bien différentes.
La dépendance aux émotions fortes
Lorsque la relation devient une quête permanente d’émotions intenses, la personne ne devient plus dépendante de son partenaire mais des sensations que la relation lui procure.
L’autre devient tour à tour source d’angoisse, de soulagement, d’espoir, de frustration, de peur ou d’euphorie.
Avec le temps, le système émotionnel s’habitue à cette intensité et réclame toujours davantage.
Les conflits se multiplient.
Les jeux relationnels se renforcent.
Les séparations et réconciliations deviennent plus fréquentes.
Le mécanisme ressemble à celui de toute autre dépendance.
Les relations construites sur le principe du « je t’aime, moi non plus » créent davantage un attachement douloureux qu’un véritable amour.
La véritable intimité est souvent discrète
Contrairement aux idées reçues, l’amour ne ressemble pas à une série dramatique.
La véritable intimité naît dans la sécurité émotionnelle.
Là où chacun peut être lui-même.
Là où les besoins peuvent être exprimés sans peur.
Là où les vulnérabilités ne sont pas utilisées contre l’autre.
Là où le partenaire devient un soutien plutôt qu’une source permanente d’inquiétude.
L’amour ne tombe pas du ciel.
Il se construit progressivement à travers la confiance, le respect, la responsabilité et l’attention portée à l’autre.
L’amour nourrit.
La dépendance épuise.
L’amour permet de grandir.
La dépendance enferme.
En conclusion
Une relation saine n’est pas ennuyeuse.
Elle est stable, rassurante et suffisamment sécurisante pour permettre à chacun de se développer, de créer, d’aimer et de réaliser ses projets.
Les partenaires n’ont pas besoin de sauver constamment leur relation. Ils peuvent simplement vivre, avancer ensemble et construire un avenir commun.
Tout scénario relationnel peut être compris.
Toute compétence relationnelle peut être développée.
Tout schéma destructeur peut être transformé.
À condition d’en avoir le désir.
Je nous souhaite à tous des choix conscients, de la maturité émotionnelle, une bonne santé psychologique et surtout un amour dans lequel on aime la personne, et non les montagnes russes de son système nerveux.
Avec toute ma bienveillance,
Tetiana Korinenko-Vasylevska
Psychologue, psychothérapeute, consultante familiale