Pourquoi l'amour est plus complexe et plus important que la haine et la promiscuité

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Cet article a été inspiré par le livre de Claude Steiner « L’essentiel de la question ». C’est un ouvrage dans lequel l’amour cesse d’être un sentiment et devient l’objet d’une analyse psychologique approfondie.

Nous vivons dans une culture où la sensualité se fait souvent passer pour de la force, et la polygamie pour une norme évolutive. Où l’agressivité semble plus convaincante que la tendresse. Où circule parfois même ce mythe sarcastique : « un patron qui n’a pas plusieurs maîtresses n’est pas un bon patron ». 

Mais si l’on y regarde de plus près (non pas d’un point de vue culturel, mais d’un point de vue évolutif), une chose apparaît clairement : l’amour n’est ni une faiblesse ni une superstructure. C’est le résultat d’une évolution psychique complexe. 

Le cerveau tripartite : d'où viennent nos émotions ?

Dans les années 1970, le neurophysiologiste Paul MacLean a proposé un modèle du cerveau tripartite. Selon ce modèle, trois niveaux évolutifs coexistent au sein de notre système nerveux : 

Le cerveau reptilien — est responsable des fonctions fondamentales de survie : l’agressivité, le comportement territorial et la pulsion sexuelle.

Le système limbique — est le centre des émotions, de l’attachement et de la formation des liens sociaux.

Le néocortex — est la zone de la planification, de l’autorégulation, de la pensée symbolique et du choix moral. 

Même si les neurosciences modernes affinent ce modèle, celui-ci reste métaphoriquement très pertinent pour comprendre le développement psychologique.

L’agressivité, la libido, la domination sont des fonctions issues de structures anciennes. L’amour, en revanche, en tant que lien durable, est le fruit d’une intégration limbico-corticale. Et c’est précisément cette intégration qui fait de nous des êtres humains. 

L'amour en tant que stratégie évolutive de survie

Les reptiles ne nouent pas de liens affectifs durables avec leur progéniture.

Ce n’est pas le cas des mammifères.

Avec le développement du système limbique, une nouvelle stratégie de survie voit le jour : il ne s’agit plus seulement de mettre au monde, mais aussi de protéger, de garder et d’élever. 

L’amour, dans ce sens, n’est pas une question de romantisme. Il s’agit d’un mécanisme biologique visant à assurer la survie de l’espèce par le biais des liens affectifs.

John Bowlby a démontré que sans attachement stable, l’enfant ne souffre pas seulement sur le plan psychologique : sa neurobiologie s’en trouve également modifiée.  

Les recherches de Mary Ainsworth ont démontré qu’un attachement sécurisant favorise une meilleure gestion du stress et une plus grande compétence sociale. 

L'amour façonne littéralement le cerveau

Données sur la santé : l’amour comme facteur protecteur

Dans ses recherches sur les maladies coronariennes, le cardiologue Dean Ornish a démontré que la qualité des relations a une influence sur la santé tout aussi importante que l’alimentation ou l’activité physique.

L’isolement social augmente le risque de mortalité au même titre que le tabagisme. 

L’ocytocine, l’hormone de l’attachement, réduit le taux de cortisol.

Les relations sécurisantes atténuent les processus inflammatoires.

La solitude chronique active les mêmes zones du cerveau que la douleur physique.

Ainsi, l’amour n’est pas une métaphore.

C’est un système de régulation. 

Et maintenant, parlons de promiscuité

La promiscuité n’est pas un excès d’amour. C’est la primauté de l’impulsion sur l’intégration. 

Au niveau du cerveau reptilien, la multiplicité sexuelle est une simple stratégie de propagation des gènes. Elle ne nécessite pas de lien profond.

Mais l’enfant humain naît immature. Il a besoin d’une protection à long terme. C’est pourquoi, pour l’Homo sapiens, ce n’est pas l’expansion qui est devenue la plus importante, mais la coopération. 

À l’âge adulte, l’affectuosité se traduit souvent par :

  • une compensation d’un vide intérieur,
  • un besoin narcissique de reflets,
  • une fixation sur la phase d’intensité de l’adolescence.

Ce n’est pas de l’évolution. C’est une manière commode de contourner la complexité. 

Narcissisme et infantilisme : pour eux, l'amour est trop difficile

La structure narcissique ne supporte pas l’autre réel. Elle a besoin d’un reflet. 

La psyché infantile ne supporte pas la frustration. Elle veut de l’admiration sans responsabilité.

L’amour, quant à lui, exige et implique :

  • la tolérance de l’imperfection,
  • la capacité d’empathie,
    la satisfaction différée,
  • l’intégration de l’impulsion et de la morale.

Ce n’est pas une fonction de base. C’est le summum du développement. 

La polygamie ≠ la promiscuité

La polygamie peut être une structure relationnelle consciente, caractérisée par un haut niveau de responsabilité (au fait, qu’en pensez-vous et connaissez-vous le film « Professor Marston and the Wonder Women » ?) 

L’amour multiple, c’est l’impulsivité et l’incapacité à entretenir une relation. La question clé ne réside pas dans le nombre de partenaires, mais dans la capacité de l’esprit à supporter la profondeur et la durée. 

Alors, qu'est-ce qui caractérise le développement ?

Ce n’est pas l’agressivité. Ce n’est pas l’expansion sexuelle. Ce n’est pas le nombre de conquêtes. 

Le signe du développement, c’est la capacité :

à rester en contact lorsque l’idéalisation disparaît,
à réguler ses impulsions,
à ne pas utiliser l’autre comme une ressource,
à construire un lien, et pas seulement à rechercher une stimulation.
L’amour est une fonction neuropsychologique complexe. Et c’est précisément pour cela qu’elle a plus de valeur, d’un point de vue évolutif, que la haine ou la passion amoureuse.

Car la haine est simple. L’amour est complexe.

La haine surgit rapidement. L’amour nécessite un développement. La haine divise. L’amour forme des systèmes. 

Et pour finir...

Peut-être que le vecteur de l’évolution et la véritable force ne résident-ils pas dans la domination ? Ni dans la séduction.

Peut-être que le signe suprême de l’intelligence, c’est la capacité d’aimer.

Pas de manière impulsive. Pas par compensation. Pas de manière narcissique. Mais avec maturité.

Et si c’est le cas, alors la question n’est plus de savoir combien de relations une personne a. La question est de savoir si elle est capable d’en entretenir au moins une — pour de vrai.

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