S’habituer à la douleur : le prix de notre obéissance ou quand la capacité d’adaptation devient dangereuse

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« Si l’on vous frappe à l’œil, vous crierez malgré vous.

On vous frappe une fois, deux fois, puis vous vous y habituerez. »

Quelle est la capacité de notre psyché à la fois la plus utile et la plus dangereuse ? La capacité d’adaptation.
​D’un côté, elle nous permet de nous acclimater, de développer des mécanismes et des compétences essentiels pour survivre dans un environnement donné. D’un autre côté, nous nous adaptons parfois sans discernement à ce qui est inacceptable, nocif et ouvertement dangereux. Ce faisant, nous détruisons progressivement notre autonomie, notre personnalité, notre système nerveux et parfois même notre vie.
​« …Au début, les disputes avec des insultes n’arrivaient que deux fois par an, puis de plus en plus souvent, et maintenant c’est notre seule façon de communiquer… »
​Les changements, qu’ils soient positifs ou négatifs, se produisent progressivement — le résultat de répétitions systématiques et cohérentes.
​Ainsi, en faisant de l’exercice quotidiennement, nous développons nos muscles et perdons du poids, et l’effort devient une partie familière et naturelle de notre routine. De la même manière, en subissant chaque jour des cris, des critiques ou des reproches, nous finissons par y devenir insensibles et par ne plus les remarquer (du moins, c’est ce que nous croyons). Nous nous adaptons à la vie dans un environnement destructeur, aux côtés de personnes toxiques, sans même nous douter du prix exorbitant que nous payons pour cela.
​En réalité, la sélection naturelle et l’adaptation vont de pair. Lorsque des mécanismes bénéfiques s’ancrent au niveau comportemental, il s’agit d’évolution et de développement. Lorsque ce sont des mécanismes destructeurs qui se figent, on parle de dégradation. Une chose est évidente : aucune adaptation ne peut être pertinente ni saine dans 100 % des situations.
​Comment devient-on une Victime ou un éternel perdant, et comment — c’est le plus tragique — finit-on par s’habituer à ce rôle ? La posture du « dominant » (top dog) ou du « dominé » (underdog) importe peu lorsqu’il s’agit de survivre à un instant T. En revanche, lorsque ce comportement se cristallise et s’active de façon systématique et mécanique, nous faisons face à un scénario de vie rigide.
​Éric Berne affirmait que tous les êtres humains naissent gagnants potentiels. Cela signifie que pour passer sa vie dans la peau d’un perdant, il faut d’abord le d’abord le devenir sous l’influence de conditionnements extérieurs.
​Ce sont précisément ces adaptations acquises, ces automatismes comportementaux et une boussole interne faussée sur ce qui est « bien ou mal » qui nous empêchent de voir plus large, de saisir les opportunités et de refuser de plier là où nous devrions rester fermes.
​Certes, il est parfois plus sage de faire semblant de ne pas remarquer, de se taire, de partir ou de concéder du terrain. Mais il y a des situations où il ne sert à rien d’expliquer poliment et longuement que vous n’êtes pas faible, mais simplement bien élevé. Parfois, il est impératif de stopper l’inacceptable de manière percutante et claire pour l’autre.
​Cependant, même si les adaptations ancrées dans l’enfance peuvent nous jouer de mauvais tours, la racine du problème ne réside pas dans le passé, mais bien dans le manque de conscience et l’attitude irresponsable envers soi-même à l’âge adulte. Le phénomène de la grenouille dans l’eau bouillante et le syndrome de l’impuissance apprise décrivent avant tout les modes de pensée et de comportement destructeurs de l’adulte.
​Le syndrome de l’impuissance apprise est un état dans lequel un individu ne tente rien pour améliorer sa situation, alors même qu’il en a le pouvoir. Il ne cherche ni à fuir les stimuli négatifs ni à obtenir des stimuli positifs.
​Le phénomène de la grenouille dans l’eau bouillante illustre l’action progressive mais destructrice de certains facteurs, d’abord imperceptibles, mais fatals à terme. Il entraîne un affaiblissement graduel des forces, rendant toute fuite impossible lorsqu’il est enfin trop tard.
Notre vie d’adulte est une formidable opportunité de poser un regard neuf sur le monde. C’est le moment de se libérer des fardeaux inutiles et d’acquérir de nouvelles compétences saines. Après tout, le mécanisme d’adaptation reste la ressource la plus puissante de notre esprit. L’essentiel est de savoir exactement ce qui contribue à votre épanouissement et ce qui vous détruit.
​Rappelez-vous : seuls évoluent ceux qui sont capables de changer et de progresser de manière qualitative, opportune et efficace.
​Peut-être est-il temps pour vous aussi de réévaluer vos adaptations et de développer de nouvelles capacités ? 😉
​Soyez sélectifs. Changez, accomplissez-vous et soyez heureux !

​Chaleureusement, Tatiana Korinenko-Vasilevskaia, psychologue et psychothérapeute

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